Georgette "la nomade"est décédée: lisez l'article qui avait été écrit sur elle en 2011...

Sédentaires, et voyageurs à jamais, de Caroline Dunski, mis en ligne le 3/02/2011 à 00:00.


Georgette Lecomte a enraciné sa caravane à Stambruges en 1952. Quatre caravanes se sont succédé sur le terrain dont la famille est propriétaire.

Je partirais encore volontiers en vacances dans une roulotte tirée par des chevaux ! » Celle qui confie ce rêve a 74 ans et a toujours vécu dans un logement « mobile ». Même si, depuis 1952, ledit logement s’est enraciné sur un terrain à Stambruges, dans l’entité de Belœil.

Aujourd’hui encore, la coquette caravane, que Georgette Lecomte repeint régulièrement elle-même « parce qu’il faut bien passer le temps », est une des deux dernières survivantes d’une époque que les plus anciens Stambrugeois ont connue. « Quand Georgette fermera les yeux, explique sa nièce Françoise Loos, elle-même fille et petite-fille de gens du voyage, une caravane va encore disparaître. C’est pas juste. »

Les Stambrugeois se sont toujours montrés accueillants à l’égard des populations nomades. C’est qu’ils savent ce que c’est que d’être constamment sur les routes. Au 18e siècle, le Prince de Ligne interdit le pâturage des chèvres, moutons et brebis sur les landes stambrugeoises qu’il a plantées d’arbres pour leur donner des allures de Versailles. Un procès qui durera plus de 100 ans est intenté en 1723, mais les gens qui occupent les terres partent avec leurs baudets dans différentes directions. Sur les circuits séculaires, les Campenaires, « ceux qui campent à l’air », récupèrent ce qu’ils peuvent : peaux de lapins, vieux os dont on fait de l’engrais, ferraille, vieux cuirs… et revendent la marchandise.

Progressivement, certains d’entre eux s’enrichissent grâce à l’organisation d’un réseau commercial pour la vente de draps et du houblon qu’ils font sécher dans les granges construites à Stambruges, où sont restés femmes et enfants. Puis ils s’installent définitivement dans de grandes maisons bourgeoises. Vers 1900, le village compte une trentaine de familles très riches qui confient aisément aux gens du voyage leurs couteaux à aiguiser, leurs sièges à rempailler. Des amitiés naissent et les gens du voyage sont invités à revenir.

Vers 1930, le bourgmestre leur trouve des endroits pour y stationner leurs roulottes. Leurs enfants vont à l’école du village, les gens du voyage épousent des sédentaires, vont travailler dans les usines locales et commencent à s’acheter des maisons.

« Mon père était français et ma mère fille d’hôtelier, raconte Georgette, dernière-née d’une famille de onze enfants. Elle est devenue voyageuse avec mon père. Mes parents se sont installés ici quand j’avais 6 ou 7 ans. J’allais à l’école de Stambruges. L’institutrice est même venue manger du hérisson chez maman. »

À presque 16 ans, Georgette épouse un sédentaire qui élève vaches et chevaux. Jusqu’à ce jour, quatre caravanes se sont succédé sur le terrain dont ils sont propriétaires. Ils y élèvent trois enfants, puis un petit-fils qui aimerait pouvoir s’installer dans la caravane de sa grand-mère, plus tard. Mais à la mort de son mari, le notaire le lui a dit : il ne peut en être question. S’il n’occupe pas les lieux au décès de sa grand-mère, il n’en aura pas le droit. C’est que les caravanes ont bien du mal à se faire aux règles urbanistiques de plus en plus drastiques (lire par ailleurs).

Le grand-père de Françoise Loos était autrichien. Il a connu son épouse après la Première Guerre mondiale, aux Quatre Pavés de Quaregnon où ses parents tenaient une auberge pour les voyageurs. « Peu à peu, il a tenu une ménagerie. Il avait des chevaux, des chameaux, des ours, des singes, des lions et un aigle et on faisait toutes les foires de Mons, Saint-Ghislain, Soignies, Tournai… On y restait du dimanche au mardi, puis il fallait tout démonter et partir pour la ducasse suivante. Nous n’allions à l’école que pendant la période de remise. » En 1950, Françoise épouse Bruno, un Italien venu travailler dans les mines boraines.

Six ans plus tard, ils font construire une maison. « Je n’ai jamais regretté la roulotte, mais j’ai quand même la nostalgie. Mes parents et mes grandsparents n’ont jamais voulu vivre dans une maison. »

Même sédentarisés, les gens du voyage ne cessent jamais d’être profondément des nomades, dans leur tête et dans leur cœur.

« Pour nous autres, c’est une belle vie, on voyage, on voit des gens », raconte Georgette. « On garde toujours ses origines, on reste des gens du voyage », conclut Françoise.

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